KABOOM : QUAND GREGG ARAKI FAIT SON CINEMA...

Kaboom ! n'est pas qu'une onomatopée chez Gregg Araki. Avouons-le entre nous : nous parlons toujours de Godard pour avoir l'air intéressant, mais nous finissons souvent devant une série américaine, un film pour ados, un film d'horreur, un film de comics, un film porno, avec un plaisir coupable, tellement coupable qu'il est bien plus fort que tout l'ennui que Godard peut nous inspirer...

Soyons décomplexés : avec Gregg Araki, et sans panneaux, Elie Faure sur Velasquez, Jean-Paul Belmondo, tous ces genres méprisés deviennent étrangement glamours et intelligents pour une terrible jouissance cinématographique.

Tous les adolescents qui pensaient revoir un American Pie-like en se laissant si facilement avoir par la déceptive et machiavélique présentation du film qui découle de la bande annonce et de l'affiche seront totalement déroutés. Toutes les vieilles dames qui seront venues critiquer la bêtise et la dégénérescence sexuelle des jeunes seront servies. Et beaucoup n'auront pas été divertis et satisfaits car apparemment le second degré et l'ambiance parodique des événements ne sont pas choses perceptibles par tous, même après un générique qui clignote cyan, magenta, jaune.

Kaboom est une explosion stylisée de pop culture à la sauce postmoderne ; les genres adolescents s'y heurtent et sombrent dans l'invraisemblable à chaque fois que l'on se laisse happer par une des pistes stéréotypées que le réalisateur esquisse. Plutôt qu'un film de campus, d'une comédie sexuelle, d'un film gay, d'un film digne d'une convention de SF et fantasy, un film d'horreur, un film paranoïaque de complot, il s'agit peut-être davantage d'un film sur le cinéma, et d'un film sur le cinéma de genre. Si bien que toutes nos lamentables tentatives de définition du film qui se font au gré de tous les sublimes clichés que nos yeux glanent ici et là finissent par échouer, tout comme les pistes du film. Et le spectateur n'est pas le seul looser dans cette aventure, si l'on regarde du coté des personnages qui incarnent sur divers plans, dont les relations affectives, sociales et sexuelles font absolument partie, tout ce qui fait le charme et la bêtise de notre espèce humaine.

Gregg Araki est bien gagnant cependant, car cet objet parodique surprend sans cesse jusqu'à l'explosif final, et qu'au delà d'une parodie potache « conchions ces sous genre du cinéma nous qui sommes des auteurs », le réalisateur propose une réflexion esthétique et une conception du monde baignée d'Entertainment qui restent paradoxales, entre hommages sublimés et parodies grinçantes. Le film est très esthétisé : nous sommes en présences de clichés parfaits, du surfer blond à la poupée Barbie, physiquement à la hauteur de ces prétentions archétypales, surexposés et acidulés ; les yeux par exemple présentent des couleurs changeantes au gré des scènes.
Nous sommes davantage en face de fantasmes, de projections communes que peuvent avoir grand nombre des jeunes spectateurs, mais qui vont systématiquement échouer dans leur perfection symbolique, comme une poupée Barbie grandeur nature qui s'effondre sur ses trop longues jambes. Les lieux subissent le même traitement : les plans de bâtiments qui interviennent entre chaque séquence déconstruisent le réel et nous l'évoquent à la manière d'une maquette ; la musique qui plane dans tous les lieux façon hall d'hôtel renforce ce sentiment.

Un film sur l'échec dans la perfection de représentations stéréotypées qui repose sur un si subtil jeu avec les codes des genres donc, ou d'une manière un peu plus adéquate qui plombera moins l'ambiance, un film parfaitement contemporain, jeune et frais dont le délire apporte une respiration si agréable dans le cinéma d'aujourd'hui.