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POTICHE : OZON STRIKES BACK


Neuf ans après Huit Femmes, François Ozon adapte de nouveau avec succès une pièce de théâtre : de la Potiche de Pierre Barillet et Jean-Pierre Grédy, il tire une satire enlevée de la vie politique française en comédie de moeurs bourgeoises qui est loin de sonner creux.

Les pimpantes affiches de Potiche, qui auront illuminé ce début novembre pour les usagers des transports en commun, annonce une sorte de jeu des sept familles - soit, en l'occurence, une famille bourgeoise des années VGE, composée de Robert Pujol, chef de famille conservateur qui dirige une usine de parapluies (Fabrice Luchini), de Suzanne, son épouse popote (Catherine Deneuve), de leur fils qui ne s'intéresse qu'à l'art moderne (Jérémie Rénier), et de leur fille, encore plus réactionnaire et phallocrate que son père (Judith Godrèche), auxquels s'ajoute le député-maire communiste Maurice Babin (Gérard Depardieu) et Mlle Nadège, une secrétaire qui a bien l'intention de ne plus se laisser marcher sur les pieds (Karin Viard). Malgré le spectaculaire renversement des rôles qui est l'objet du film, la redistribution des cartes annoncée n'est que partielle : les personnages restent globalement prisonniers du cliché qu'ils incarnent (ainsi la femme au foyer devient-elle une femme de pouvoir maternante, et ce qu'elle appelle en rosissant ses "égarements de jeunesse" ne sont-ils que les écarts convenus d'une belle de jour confinée dans le charme discret de la bourgeoisie), et leur évolution tributaire des données sociales et familiales initiales - Suzanne Pujol ne sort de la tutelle de son mari que pour mieux s'inscrire dans la lignée de son papa paternaliste. Les rapports entre la famille Pujol et les personnages secondaires tendent d'ailleurs à confirmer cet immobilisme bourgeois : la secrétaire du mari ne devient jamais qu'assistante de la femme, et le rapprochement entre Maurice Babin et Suzanne Pujol ne fait que creuser l'abîme qui les sépare.

 

 

 

C'est toute l'originalité de ce film léger mais satirique que de représenter le classe politique française à l'échelle d'une famille bourgeoise. Le personnage de Robert Pujol hérite de quelques formules bien connues de Nicolas Sarkozy, et celui de son épouse rappelle Ségolène Royal par bien des aspects : avec ces deux figures du pouvoir qu'opposent moins des convictions politiques qu'un conflit d'intérêt domestique, la démocratie prend des allures de crise familiale en huit clos, et les idées politiques semblent tout entières dictées par des valeurs bourgeoises. La rivalité entre les époux Pujol a pour principal moteur la libido (libido dominandi, certes, mais avant tout libido sexuelle), de même que leurs grands enfants ne semblent se construire qu'en fonction d'un Œdipe mal résolu, dans un contexte d'adultère réciproque : ainsi le fils à maman, qui rejette catégoriquement tout ce qui a trait à son père, passe-t-il des bras de la fille de la boulangère, qui pourrait bien être sa belle-sœur, à ceux du fils du notaire, qui pourrait bien être son beau-frère.      

Servie par une distribution étincelante, Deneuve et Depardieu en tête, par le kitsch suranné et assumé de la mise en scène, cette excellente comédie qui fait rire jaune et sait être émouvante quand il le faut est sans doute, en cette période où d'aucun voudrait nous faire sortir nos petits mouchoirs, la meilleure surprise que pouvait nous faire le cinéma français.