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STANLEY KUBRICK A LA CINEMATHEQUE FRANCAISE

L'exposition itinérante consacrée à Stanley Kubrick, créée au Deutsches Filmmusem de Francfort, est arrivée cette semaine à la Cinémathèque, dont elle occupe deux niveaux - fait unique pour une exposition à la Cinémathèque, c'est dire si elle est conséquente.

Au fil de la filmographie de Kubrick, dans un ordre chronologique assez convenu, le spectateur est invité à un parcours très dense dans l'œuvre de l'un des plus grands réalisateurs du XXe siècle. Christiane Kubrick, veuve de Stanley Kubrick, et son frère Jan Harlan, auteur d'un documentaire intitulé Stanley Kubrick : A Life in Pictures (on en voit de nombreux extraits au cours de l'exposition), ont rassemblé un fonds considérable issu des archives de Kubrick : beaucoup de photos de tournage, des scripts annotés de la main du maître, quelques extraits de presse d'époque montrant la réception critique de Lolita ou d'Orange mécanique à leur sortie, des plans de tournage, d'innombrables fiches documentaires rassemblées par Kubrick pour la préparation de son Napoléon, projet colossal qu'il dut abandonner, et surtout une impressionnante collection de caméras, lentilles et autres objectifs utilisés par Kubrick pour donner à ses films leur ambiance particulière (notamment l'objectif Zeiss de focale 50mm et d’ouverture f/0.7 développé par la NASA grâce auquel il put filmer les scènes d'intérieur éclairées à la seule bougie dans Barry Lyndon)... autant d'objets qui permettent d'approcher, sans jamais le saisir totalement, le génie de Kubrick.

 

Barry Lindon, 1975

 

Les cinéphiles fétichistes trouveront aussi leur bonheur, entre la combinaison spatiale de 2001, le jeu d'échecs qu'utilisait Kubrick entre deux prises sur le plateau de Shining, le casque "Born to kill" de Full Metal Jacket ou encore le billet portant le mot de passe d'Eyes Wide Shut. Notons cependant que beaucoup d'autres objets présentés ici sont des copies refaites à l'identique, comme la sculpture du Korova Milk Bar ou la maquette du labyrinthe de Shining, ce qui, dans cette logique de fétichisation des saintes reliques kubrickiennes, s'avère plutôt frustrant. Enfin, on regrettera qu'à la seule exception de l'installation interactive consacrée à la projection frontale dans 2001, l'exposition ménage peu d'espaces ludiques permettant au spectateur de sortir un peu d'une muséographie très académique : sans transformer la Cinémathèque en Disneyland, Hans-Peter Reichmann, commissaire de l'exposition, aurait pu, en reconstituant à échelle humaine un morceau de décor par exemple, y insuffler un peu de vie, comme Matthieu Orléan et Frédéric Strauss avaient su le faire en 2006 sur l'exposition Almodóvar.

On retiendra aussi de cette exposition l'intéressant documentaire sur la musique dans les films de Kubrick, étape thématique et analytique bienvenue dans un parcours dense et intéressant, sans doute, mais qui, plus qu'il ne nous aide à comprendre le geste créateur du cinéaste, donne surtout envie de (re)voir ses films eux-mêmes - on peut en regarder des extraits dans chaque salle, et rappelons que l'exposition s'accompagne d'une rétrospective complète. Quant à l'insaisissable Kubrick, dont on découvre ici quelques très bonnes photos prises alors qu'il n'était encore que reporter pour le magazine Look (un modèle nu, de dos, semble annoncer Nicole Kidman dans le générique d'Eyes Wide Shut), le mystère qui entoure son génie reste entier.

PS : Pour passer au second niveau, on ne saurait trop conseiller au visiteur de préférer à l'ascenseur l'escalier, revêtu pour l'occasion d'une moquette qui nous replonge l'espace d'un instant dans l'atmosphère angoissante de l'hôtel Overlook...

 

 

Stanley Kubrick Cinematheque

 

 

LIENS :

Cinémathèque Française
www.cinematheque.fr